À Makebuko, dans la commune de Gitega, Ndayizeye Belyse incarne une évolution encore peu visible dans le monde professionnel : l’entrée des femmes dans des métiers techniques traditionnellement dominés par les hommes. Conductrice d’un engin de chantier de type poclin, elle entend démontrer, par son parcours, que la compétence professionnelle ne saurait être déterminée par le sexe.
Son intérêt pour ce métier est né de l’observation. En voyant des personnes manipuler des engins de chantier, elle s’est progressivement intéressée à cette activité avant de décider de s’y former. Elle a ainsi suivi une formation à la conduite du poclin auprès de SOGEA-SATOM, puis effectué un stage pratique de quatre mois à Makebuko.
Des préjugés à la reconnaissance professionnelle
L’accès à ce métier n’a cependant pas été sans obstacles. À ses débuts, Belyse a été confrontée à des remarques visant à la dissuader de poursuivre dans une profession considérée comme masculine.
« Au début, certaines personnes essayaient de me décourager en me disant que ce métier n’était pas fait pour les femmes, mais pour les hommes », témoigne-t-elle.
À son arrivée à Makebuko, les réticences de certains habitants ont également constitué un défi. La présence d’une femme aux commandes d’un engin de chantier suscitait des interrogations. Mais la maîtrise progressive de son travail et les résultats obtenus lui ont permis de gagner la confiance de son entourage professionnel.
Aujourd’hui, Belyse affirme exercer son métier avec assurance. Pour elle, la capacité à accomplir une tâche dépend avant tout de la formation, de l’expérience et de la détermination, et non du fait d’être un homme ou une femme.
La formation professionnelle au cœur de l’égalité des chances
L’expérience de Belyse met en évidence l’importance de l’accès des femmes aux formations techniques et professionnelles. Elle estime que l’acquisition de compétences constitue un levier essentiel pour renforcer leur autonomie économique et élargir leurs perspectives professionnelles.
Elle constate toutefois que de nombreuses femmes souhaitent s’engager dans des métiers techniques, mais renoncent en raison du manque de confiance en elles, des préjugés sociaux ou encore de l’insuffisance des possibilités de formation.
« Beaucoup de femmes souhaitent apprendre ce métier, mais finissent par abandonner. Je pense que cela est principalement lié à la peur et au manque de confiance en soi », explique-t-elle.
Pour inverser cette tendance, elle préconise la création de centres spécialisés dans la formation pratique à l’utilisation des engins et des équipements techniques. Ces structures permettraient notamment aux jeunes filles d’acquérir des compétences professionnelles dans un environnement adapté.
Elle appelle également les pouvoirs publics et les organisations engagées dans la promotion de l’autonomisation des femmes, notamment CAFOB et ONU Femmes Burundi, à renforcer les programmes de formation, d’accompagnement et d’insertion professionnelle dans les secteurs techniques.
Au-delà des fonctions politiques
Pour Ndayizeye Belyse, la promotion de la participation des femmes ne doit pas être envisagée uniquement sous l’angle de leur représentation dans les institutions politiques ou les postes de décision. Elle doit également intégrer leur présence dans les secteurs productifs et les métiers techniques.
L’accès à ces domaines peut contribuer à renforcer leur autonomie financière, leur reconnaissance professionnelle et, à terme, leur capacité à participer davantage aux décisions au sein de leurs familles, de leurs communautés et de leur environnement professionnel.
Le parcours de Ndayizeye Belyse illustre ainsi les changements qui s’opèrent progressivement dans la répartition des rôles professionnels. En investissant un métier encore largement masculin, elle contribue à remettre en question les stéréotypes et à ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes filles intéressées par les carrières techniques.
Son expérience rappelle surtout qu’une politique d’égalité des chances ne peut être pleinement effective que si les femmes disposent d’un accès équitable à la formation, aux compétences, à l’emploi et aux opportunités de progression professionnelle.
HAVUGIYAREMYE Dieudonné