Les femmes bâtissent Gitega : quand le leadership féminin transforme les communautés

À Gitega, les femmes renforcent progressivement leur place dans la gouvernance, l’économie et la vie communautaire

À Gitega, les femmes s’affirment progressivement comme des actrices à part entière de la gouvernance, du développement économique et de la transformation sociale. De l’administration communale aux collines, des coopératives aux métiers techniques, elles investissent des espaces longtemps dominés par les hommes.

Cette évolution traduit une progression de leur participation à la vie publique. Elle reste toutefois confrontée à des inégalités structurelles liées aux normes sociales, à l’accès aux ressources économiques, aux responsabilités familiales et aux violences basées sur le genre.

À travers plusieurs parcours de femmes de Gitega, ce reportage montre que le leadership féminin ne se limite pas à leur présence dans les institutions. Il renvoie également à leur capacité à prendre la parole, à exercer leur pouvoir de décision, à accéder aux ressources et à influencer les choix qui concernent leurs familles et leurs communautés.

Une représentation féminine en progression

La participation des femmes aux espaces de décision connaît une évolution positive au Burundi, notamment au niveau parlementaire. Selon ONU Femmes et les Nations Unies au Burundi, à l’issue des élections de 2025, les femmes occupent six des 13 sièges du Sénat, soit 46,15 %, et 43 des 111 sièges de l’Assemblée nationale, soit 38,74 %. Ces proportions dépassent le seuil constitutionnel de 30 % prévu pour la représentation féminine.

Dans la province de Gitega, cette progression est également visible au Parlement. Selon la liste définitive des députés de la législature 2025-2030 publiée par la CENI, 10 femmes figurent parmi les 23 députés élus dans la province, soit 43,5 %. Au Sénat, la représentation féminine comprend également une femme élue et une femme cooptée.

Cette progression reste cependant inégale selon les niveaux de responsabilité. Les données communiquées par la CEPI Gitega montrent que les femmes représentaient 23,8 % des candidats aux élections des collines et quartiers et 23,3 % des personnes élues. Sur les 600 chefs de colline élus, seules 62 sont des femmes, soit 10,33 %.

Ces chiffres montrent que l’accès des femmes aux fonctions de proximité demeure un défi majeur. Le Profil d’égalité de genre du Burundi, publié par ONU Femmes, souligne lui aussi leur faible représentation dans certaines fonctions locales, notamment à la tête des collines. Il existe ainsi un écart entre leur présence dans les organes délibérants et leur accès aux fonctions de direction.

Des avancées visibles dans les communes

Malgré ces écarts, plusieurs communes de Gitega enregistrent des avancées significatives dans la participation des femmes aux instances locales de décision.

Mwaro et Bugendana présentent, par exemple, 36 % de femmes dans leurs conseils communaux, illustrant une représentation relativement importante dans les organes délibérants.

À Nyabihanga, la présence féminine est particulièrement visible avec 10 femmes au conseil communal et huit cheffes de colline, en plus d’une femme administratrice communale.

À Gishubi, les femmes occupent également plusieurs responsabilités locales. On compte notamment 12 cheffes de colline, deux cheffes de zone et deux conseillères de chefs de zone, auxquelles s’ajoutent des responsabilités techniques et administratives.

À Kiganda et Karusi, des femmes ont également accédé au poste d’administratrice communale, tandis que d’autres participent aux structures de gouvernance locale.

Ces données montrent une progression réelle, mais également des différences importantes d’une commune à l’autre. La question n’est donc plus seulement celle du nombre de femmes présentes dans les institutions, mais aussi celle de leur accès effectif aux postes de responsabilité et de leur capacité à exercer pleinement leur pouvoir de décision.

Des femmes à la tête des communes

L’accès des femmes aux fonctions d’administratrice communale constitue l’une des illustrations les plus visibles de cette évolution.

À Kiganda, Diane Irakoze a été investie au poste d’administratrice communale. À Karusi, Vanessa Butoyi exerce également cette fonction, tandis qu’à Nyabihanga, Niyonzima Marie Chantal figure parmi les femmes ayant accédé au poste d’administratrice communale à l’issue des élections de 2025.

L’investiture de ces femmes marque une évolution dans la participation féminine à la gestion des affaires publiques au niveau local. Lors de l’investiture de Diane Irakoze, en août 2025, le chef de l’État a insisté sur l’importance de la détermination, de l’engagement et du sens du service de l’intérêt général dans l’exercice des responsabilités publiques.

La présence de ces femmes à la tête des communes constitue ainsi un signal important pour le leadership féminin. Elle montre que les femmes peuvent accéder à des fonctions exécutives et participer directement à la définition et à la mise en œuvre des politiques de développement local.

Au-delà des chiffres, un enjeu de pouvoir et d’influence

Les progrès enregistrés ne doivent toutefois pas masquer les obstacles auxquels les femmes restent confrontées. Les inégalités d’accès aux ressources économiques, les normes sociales, la charge des responsabilités familiales et les violences basées sur le genre peuvent limiter leur participation effective à la vie publique

L’enjeu du leadership féminin dépasse donc la simple représentation numérique. Il consiste à créer les conditions permettant aux femmes d’accéder aux responsabilités, d’y exercer pleinement leur rôle et d’influencer effectivement les décisions qui concernent leurs communautés.

À Gitega, les parcours des femmes engagées dans la gouvernance locale témoignent d’une dynamique en construction. Leur présence dans les conseils communaux, à la tête des collines ou dans les administrations communales traduit une évolution progressive des rapports entre femmes, pouvoir et développement.

Cette dynamique devra désormais être consolidée afin que la participation des femmes ne se limite pas à une représentation institutionnelle, mais se traduise par une capacité réelle à décider, à agir et à contribuer au développement de leurs communautés.

À Gitega, les femmes renforcent leur place dans les espaces de décision,mais les obstacles persistent

À Gitega, la participation des femmes aux instances de prise de décision connaît une évolution encourageante dans les domaines politique, administratif et communautaire. Cette dynamique s’inscrit dans le cadre de la Constitution, du Politique national genre et des engagements internationaux du Burundi, notamment la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui encourage la représentation des femmes à tous les niveaux de décision.
Selon Burakeye Divine, responsable du volet Genre à Gitega, les quotas d’au moins 30 % de femmes dans les instances élues et de nomination ont contribué à ouvrir davantage les espaces de décision aux femmes. À Gitega, cette évolution se manifeste notamment par leur présence accrue parmi les administratrices, les conseillères et les responsables d’associations, ainsi que par une participation plus active aux réunions et aux espaces de dialogue communautaire.tionale genre, les quotas et les programmes d’autonomisation.

Cette progression est soutenue par plusieurs facteurs, notamment l’accès à l’éducation et à la formation, les politiques favorables à l’égalité des sexes, l’autonomisation économique, le soutien familial et communautaire et l’existence de modèles féminins occupant des postes de responsabilité. Les formations en leadership et les actions de sensibilisation contribuent également à renforcer les capacités et la confiance des femmes.

Cependant, cette avancée reste confrontée à plusieurs obstacles. Les stéréotypes socioculturels, les discriminations, la pauvreté, le faible accès aux ressources financières, les lourdes responsabilités familiales, le manque de confiance en soi ainsi que les violences et le harcèlement continuent de limiter la participation des femmes. Dans les zones rurales, l’analphabétisme, l’éloignement géographique, le poids des traditions et le manque d’information constituent des difficultés supplémentaires.

Pour Burakeye Divine, le quota constitue une base importante, mais il ne suffit pas à garantir une participation effective. Les femmes doivent disposer des compétences, des moyens et de l’accompagnement nécessaires pour exercer pleinement leurs responsabilités. C’est dans cette perspective que des formations sont organisées sur le leadership, la prise de parole en public, la gestion des projets et la connaissance des lois.

L’autonomisation économique apparaît également comme un levier majeur. L’accès aux ressources financières, au crédit, à l’emploi et aux activités génératrices de revenus permet aux femmes de renforcer leur indépendance et leur confiance. La gestion d’une coopérative, d’une exploitation agricole ou d’une activité économique peut aussi accroître leur crédibilité et leur influence au sein de la communauté.

Les effets de cette participation dépassent la seule représentation institutionnelle. L’engagement des femmes peut contribuer à la réalisation de projets dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la cohésion sociale et de la lutte contre les violences basées sur le genre, tout en favorisant une meilleure prise en compte des besoins des familles vulnérables.

Le leadership féminin, un levier du développement local

Pour Gérard Nibigira, chef de cabinet du gouverneur de Gitega, cette participation est indispensable au développement local : « Le développement n’est possible que si les femmes et les hommes décident ensemble. »
Ainsi, si la présence des femmes dans les institutions politiques burundaises connaît une progression encourageante, le défi reste de consolider cette dynamique au niveau local et de leur permettre d’accéder davantage aux fonctions de responsabilité. L’enjeu n’est donc plus seulement de compter les femmes dans les espaces de décision, mais de garantir qu’elles puissent participer pleinement aux décisions qui façonnent le développement de leurs communautés.est possible que si les femmes et les hommes décident ensemble. »

L’accès des femmes aux responsabilités ne dépend pas uniquement des textes et des mécanismes électoraux. Les normes sociales et les rôles traditionnellement attribués aux femmes et aux hommes continuent d’influencer leur participation à la vie publique.

Le Profil d’égalité de genre du Burundi édition 2023, publié par ONU Femmes et les Nations Unies, met notamment en évidence la persistance d’inégalités entre les femmes et les hommes dans plusieurs domaines de la vie sociale et économique.

Le leadership de proximité apporte des réponses concrètes

À Muhororo, dans la zone Murenda, commune de Gitega, Léoncie Minani, à la tête de sa colline depuis 2020, illustre cette évolution. Son engagement dans la gestion locale s’accompagne d’actions en faveur des infrastructures communautaires et de l’accompagnement des femmes victimes de violences..

Elle observe également une évolution dans les ménages, notamment une plus grande concertation entre femmes et hommes concernant l’éducation des enfants ou certaines décisions économiques, comme l’achat des terres.

À Bugendana, selon l’administrateur communal Ciza Mélchiade, les femmes représentent deux des sept chefs de zone et huit des 43 chefs de colline. Elles prennent également part à la résolution des différends, aux réunions communautaires et aux formations.

À Ruguzwe 1, une cheffe de colline illustre ce leadership de proximité. Elle a mobilisé les habitants pour surélever un pont et une partie de la piste régulièrement submergés pendant la saison des pluies. Cette initiative a facilité la circulation et réduit les difficultés rencontrées par la population.

Ces exemples montrent que le leadership féminin peut apporter des réponses concrètes aux problèmes quotidiens, au-delà du statut administratif de celles qui l’exercent.

Les jeunes femmes veulent davantage participer aux décisions

À Gitega, de jeunes femmes aspirent à renforcer leur présence dans les instances de décision. Pour Nikuze Nelly élue comme conseillère du chef de quartier Yoba, la visibilité croissante des femmes dans les postes de responsabilité nourrit cette ambition : « Nous aussi, les femmes, nous sommes capables. »

Elle relève toutefois que les préjugés liés au genre et à l’âge constituent encore des obstacles. Le soutien familial et la reconnaissance de l’autorité des femmes restent, selon elle, essentiels pour leur permettre d’assumer pleinement leurs responsabilités.

Inspirée par des figures comme Micheline Ninahaha, ancienne administratrice de Giheta, Nikuze Nelly se dit convaincue que davantage de jeunes femmes pourront, dans les prochaines années, accéder aux responsabilités et contribuer à la transformation de leurs communautés.

Vanessa Butoyi : le leadership au service de l’action

Administratrice de la commune de Karusi et femme élue, Vanessa Butoyi considère la responsabilité publique non comme un titre, mais comme un engagement envers la population. Entrée dans l’administration en 2016, son élection lui a donné, dit-elle, une responsabilité directe devant les citoyens.
Son leadership repose sur la redevabilité, le dialogue et la mobilisation communautaire. Elle encourage les habitants à devenir acteurs de leur propre développement : « Ntibicare ngo bizoba, ahubwo dukure amaboko mu mpuzu dukore », autrement dit : « Ne restons pas assis à attendre, retroussons nos manches et travaillons. »

Elle privilégie également la concertation dans la résolution des différends et cite la mobilisation de jeunes pour renforcer la sécurité du marché comme exemple d’action collective.

Vanessa Butoyi veut par ailleurs combattre les préjugés qui découragent les femmes d’accéder aux responsabilités. « Ja ahabona, kerebuka, tsinda ubwoba », lance-t-elle, invitant les femmes à surmonter la peur.

Son parcours illustre ainsi un leadership féminin fondé sur l’action, la proximité avec les citoyens et la responsabilité.

L’autonomisation économique, un autre levier du leadership

L’approche genre montre que l’accès au pouvoir de décision est étroitement lié à l’accès aux ressources économiques. Selon le PNUD Burundi, l’égalité de genre passe notamment par l’amélioration de l’accès des femmes aux ressources, à l’emploi, au financement, à la formation et aux instances de décision.

Au sein de la Coopérative des Agriculteurs-Éleveurs au Burundi (CAEBU), sa présidente, NDAYIZEYE Jacqueline, considère l’autonomisation économique comme un moyen concret de renforcer le pouvoir d’agir des femmes.

La coopérative intervient notamment dans l’agriculture, l’élevage et le commerce. Selon NDAYIZEYE Jacqueline, les revenus générés permettent aux ménages de mieux répondre à leurs besoins essentiels, notamment la scolarisation des enfants, tout en créant des possibilités d’emploi pour les jeunes.

« La faim a diminué dans nos ménages », témoigne-t-elle.

Mais l’accès au financement demeure un défi. Elle plaide pour des mécanismes de financement adaptés aux réalités des femmes, des formations en entrepreneuriat et en gestion ainsi qu’un accompagnement technique.

À Karusi, l’expérience d’Uwamahoro Ziada montre également que le leadership féminin peut s’exprimer à travers l’autonomisation économique. À la tête de la coopérative Umukenyezi w’Inkerebutsi, elle accompagne près d’une centaine de femmes dans l’agriculture et l’élevage.

Partie d’une trentaine de membres, la coopérative a grandi malgré le manque de capitaux et d’intrants. Ses résultats ont encouragé d’autres femmes à la rejoindre, certaines ayant notamment pu acquérir du bétail grâce aux revenus de leurs activités.

Pour Uwamahoro Ziada, l’indépendance économique permet aux femmes de renforcer leur place dans la société.

« Quand une femme a une activité qui lui procure des revenus, elle gagne davantage confiance en elle et peut participer aux décisions qui concernent sa famille et sa communauté », souligne-t-elle.

Au-delà des revenus, la coopérative constitue ainsi un espace d’apprentissage, de solidarité et de prise d’initiative.

Des femmes investissent des secteurs traditionnellement masculins

Le leadership féminin se manifeste également dans les métiers techniques.Au sein de l’Association des Amis de l’Environnement, Marie José Niyinyitoreye valorise les déchets biodégradables pour produire du biogaz et du digestat destiné à l’agriculture.

Son activité associe entrepreneuriat, protection de l’environnement et innovation technologique. Elle contribue, selon elle, à promouvoir une énergie de cuisson plus propre, à réduire la pression sur les ressources forestières et à améliorer la fertilité des sols.

Son parcours remet en question les stéréotypes qui associent certains métiers techniques aux hommes. Il montre que l’égalité de genre passe aussi par l’accès des femmes à la formation, aux technologies, à l’emploi et à l’entrepreneuriat.

Dans la commune de Gitega, le centre dédié à la promotion des femmes regroupait, en mars 2025, 19 coopératives réunissant environ 700 femmes, selon la Province de Gitega. Ces structures constituent des espaces de développement d’activités économiques, mais également de renforcement des capacités de gestion et de leadership.

Transformer les survivantes en actrices du changement

La promotion du leadership féminin ne peut être dissociée de la lutte contre les violences basées sur le genre. Ces violences constituent un obstacle à l’autonomie, à la confiance en soi et à la participation des femmes à la vie publique.

À Gitega, des organisations communautaires accompagnent les femmes victimes ou survivantes de violences, notamment à travers un soutien psychosocial, juridique et économique.

Alida Manariyo, présidente du Forum des femmes à Gitega et responsable du centre Humura, témoigne de cette dynamique. Elle cite le parcours d’une survivante qui, après avoir bénéficié d’un accompagnement, est devenue animatrice puis conseillère collinaire, avant d’accompagner à son tour d’autres femmes.

« Quand on accompagne une femme, toute la communauté change », témoigne-t-elle.

Cette expérience illustre l’importance de considérer les femmes non seulement comme bénéficiaires des programmes de protection, mais également comme des actrices capables de contribuer aux solutions et de transformer leur environnement.

Le rôle des organisations dans le renforcement du pouvoir d’agir

À Gitega, plusieurs organisations contribuent au renforcement des capacités des femmes.Selon Kamariza Diane, chargée du développement inclusif à Inades Formation Burundi, les femmes prennent davantage la parole dans les réunions, défendent leurs droits et participent aux activités économiques.

Elle indique que plus de 300 femmes ont été formées au leadership, dont 45 sont devenues conseillères collinaires ou responsables d’associations. Par ailleurs, 120 survivantes de violences basées sur le genre ont été accompagnées vers la justice et les soins, tandis que 20 coopératives féminines ont bénéficié d’un accompagnement jusqu’à leur autonomie.

« Les femmes gagnent en confiance. Elles parlent dans les réunions, défendent leurs droits et ceux des autres », observe-t-elle.

Ces résultats montrent que le renforcement des capacités peut contribuer à transformer progressivement les rapports de pouvoir, à condition d’être accompagné d’un accès effectif aux ressources et aux espaces de décision.

« Twirinde Ikumirana », un appui à la promotion de l’égalité de genre

La promotion de l’égalité de genre et la lutte contre les violences basées sur le genre bénéficient de l’engagement de plusieurs partenaires œuvrant pour les droits des femmes et leur autonomisation.

Cette dynamique rejoint les objectifs du projet « Twirinde Ikumirana », consacré à la prévention et à la lutte contre les violences faites aux femmes. Soutenu par l’Union européenne à travers ONU Femmes, le projet est mis en œuvre au Burundi par un consortium composé du CAFOB, du Forum national des femmes (FNF) et de l’UCBUM.

Le projet vise notamment à renforcer les capacités des acteurs engagés dans la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes, tout en favorisant une meilleure prise en compte des questions de genre dans les différents secteurs de la société.

Dans ce cadre, un atelier de renforcement des capacités des journalistes sur le traitement médiatique sensible au genre s’est tenu à Gitega du 14 au 17 juillet 2026, réunissant environ 40 professionnels des médias.

Cette initiative souligne le rôle important des médias dans la construction des représentations sociales. Une couverture équilibrée, l’utilisation d’un langage non stigmatisant, la prise en compte de la parole des femmes et la présentation de données désagrégées par sexe peuvent contribuer à déconstruire les stéréotypes et à promouvoir une perception plus égalitaire des rôles des femmes et des hommes.

Le leadership politique, une voix pour les femmes

Originaire de Gishubi, l’honorable Sauavis Habonarugira a construit son parcours politique à partir des responsabilités locales avant d’accéder aux instances nationales. Une trajectoire qui, selon elle, a été marquée par les préjugés à l’égard des femmes engagées dans la vie publique, mais aussi par la volonté de gagner la confiance de la population par l’action.

Dans ses fonctions communales, elle dit avoir notamment contribué à la régularisation des mariages, à l’enregistrement des enfants et à l’autonomisation économique des femmes à travers les coopératives.

Pour elle, l’accès des femmes aux responsabilités doit toutefois s’accompagner d’un équilibre entre engagement public et vie familiale.

« Une femme engagée dans le leadership ne doit pas laisser son foyer de côté », souligne-t-elle.

Son parcours illustre ainsi l’importance des modèles féminins dans les espaces de décision, où la présence des femmes peut contribuer à faire émerger des préoccupations longtemps restées en marge du débat public.

Faire de la représentation un pouvoir d’action

Native de Bugendana et élue dans la circonscription de Gitega, l’honorable Béatrice Bukuru a choisi l’engagement politique avec la conviction que les femmes doivent prendre part aux décisions qui concernent leurs communautés.
Au Parlement, elle porte notamment les préoccupations des femmes, des jeunes ainsi que des victimes de violences sexuelles et basées sur le genre.i que des victimes de violences sexuelles et basées sur le genre.

Son parcours a été confronté aux difficultés financières, aux préjugés sur les capacités des femmes à exercer des responsabilités politiques et aux exigences de la conciliation entre vie familiale et engagement public. Sa proximité avec les populations lui a cependant permis de consolider progressivement sa légitimité.

« Avant, elles se taisaient par peur ou par honte. Maintenant, elles viennent me voir pour parler de violences, de conflits familiaux et de leurs besoins. Elles se sentent représentées », témoigne-t-elle.

Pour Béatrice Bukuru, le leadership féminin dépasse ainsi la simple occupation d’un poste. Il suppose d’écouter, d’agir et de porter la voix de la communauté dans les espaces où se prennent les décisions.

Elle encourage les jeunes femmes à investir davantage les espaces de participation citoyenne afin de préparer une nouvelle génération de responsables.

De Bugendana aux bancs du Parlement, son parcours montre que la présence des femmes dans les institutions peut se traduire en pouvoir d’action concret au service des communautés.

Des modèles pour les générations futures

Les parcours de Léoncie Minani, Vanessa Butoyi, Sauavis Habonarugira, Béatrice Bukuru, Marie José Niyinyitoreye, Uwamahoro Ziada, Nelly Nikuze et NDAYIZEYE Jacqueline, comme ceux de nombreuses autres femmes accompagnées par les organisations locales, illustrent la diversité du leadership féminin à Gitega.

Leur point commun est la persévérance face aux obstacles. Elles montrent que le leadership féminin peut prendre plusieurs formes : administrer une commune, diriger une colline, représenter les citoyens au Parlement, gérer une coopérative, défendre les droits des femmes ou exercer un métier technique.

Cette diversité de modèles contribue à déconstruire l’idée selon laquelle certaines responsabilités ou professions seraient naturellement réservées aux hommes.Pour une jeune fille, voir une femme administratrice, parlementaire, entrepreneure ou technicienne peut contribuer à élargir les possibilités qu’elle envisage pour son propre avenir.

Une responsabilité qui concerne aussi les hommes

L’intégration de l’approche genre ne signifie pas uniquement renforcer la participation des femmes. Elle suppose également de faire évoluer les relations entre les femmes et les hommes et de promouvoir une responsabilité partagée dans la famille, la communauté et les institutions.

Les partenaires rencontrés soulignent ainsi l’importance d’impliquer les hommes et les garçons dans la transformation des normes sociales, de renforcer la sensibilisation sur l’égalité entre les sexes et de lutter contre les stéréotypes qui limitent la participation des femmes.

Le programme « Powered by Women – MUKENYEZI URASHOBOYE », soutenu notamment par CARE Burundi, s’inscrit dans cette dynamique en mettant l’accent sur le leadership féminin, la justice économique et la participation des femmes à la gouvernance.

Lors d’une rencontre organisée à Gitega en décembre 2025, CARE Burundi a notamment mobilisé des femmes élues autour de la gouvernance sensible au genre, selon les informations publiées par la Province de Gitega.

D’autres initiatives menées par les organisations de la société civile portent également sur la participation politique, l’autonomisation économique et la transformation des normes sociales.

Quel avenir pour le leadership féminin à Gitega ?

Les progrès enregistrés dans la représentation des femmes constituent une base importante. Mais les écarts observés entre les niveaux national et local montrent que le chemin vers une égalité effective reste à parcourir.

Les témoignages recueillis font ressortir plusieurs priorités : renforcer l’éducation et la formation des filles, favoriser l’autonomisation économique, faciliter l’accès des femmes au financement et aux ressources productives, développer les compétences en leadership, lutter contre les violences basées sur le genre et accompagner les femmes avant, pendant et après leur accession aux responsabilités.

L’enjeu est également de disposer de données régulièrement actualisées et désagrégées par sexe afin de mieux mesurer les progrès et d’identifier les domaines dans lesquels les inégalités persistent.

Pour Gérard Nibigira, davantage de femmes doivent accéder aux postes de responsabilité. Pour Burakeye Divine, chef de service Genre à la province de Gitega, cette présence doit devenir une influence réelle. Pour Alida Manariyo et Kamariza Diane, l’accompagnement doit permettre aux femmes de transformer leur confiance en actions durables.

Ainsi, à Gitega, le leadership féminin apparaît de moins en moins comme une simple question de représentation. Il devient une composante de l’égalité de genre et un facteur de transformation sociale, économique et communautaire.

Des collines aux institutions, des coopératives aux métiers techniques, les femmes prennent leur place. Leur participation, soutenue par les autorités, les organisations de la société civile et les partenaires, contribue à construire une Gitega où femmes et hommes peuvent participer plus équitablement aux décisions et au développement de leurs communautés.

HAVUGIYAREMYE Dieudonné

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