La Commission vérité et réconciliation (CVR) prévoit d’approfondir les enquêtes sur les massacres de Ntega et Marangara ainsi que sur les crises de 1991 et 1993 et la guerre civile. Ces priorités ont été annoncées ce mercredi le 15 octobre 2026,à Gitega par le président de la Commission, Pierre Claver Ndayicariye, lors d’une conférence de presse consacrée au bilan de ses activités et aux perspectives de son nouveau mandat, prévu à partir du 25 octobre 2026.

Le rapport sur le génocide de 1972 présenté au Parlement
Le président de la CVR a rappelé que la Commission a présenté, le 16 juin 2026, devant le Parlement réuni en congrès, son rapport définitif sur le génocide commis contre les Hutu du Burundi en 1972. Les investigations menées à travers des auditions, la collecte de témoignages et l’exploitation d’archives ont permis de documenter les violences, les catégories de victimes et les conséquences de cette tragédie sur la société burundaise.
Selon M. Ndayicariye, ce travail contribue à éclairer les citoyens sur les événements du passé grâce au recoupement des témoignages et des documents historiques. Il a souligné que l’établissement de la vérité requiert rigueur, impartialité et respect de la dignité humaine.
Répondant à une question sur l’éventuelle indemnisation des victimes, le président de la CVR a souligné que la réparation ne se limite pas à une compensation financière. Selon lui, la révélation de la vérité, l’écoute des personnes éprouvées et la restauration de leur dignité contribuent également à leur réhabilitation, notamment en les libérant de la stigmatisation liée aux accusations d’ennemis du pays.

Avec le nouveau mandat, la CVR entend étendre ses investigations aux massacres de Ntega et Marangara, dont les travaux préparatoires ont déjà commencé, ainsi qu’aux crises de 1991 et 1993 et à la guerre civile qui a suivi.
Les exhumations se poursuivent
La poursuite des exhumations des fosses communes constitue un autre axe prioritaire. Les travaux d’identification des sites et de récupération des restes humains visent notamment à permettre aux familles de retrouver des repères sur le sort de leurs proches disparus.
La Commission prévoit de poursuivre ces opérations en accordant une attention particulière à la protection des sites, à la conservation des restes humains et à l’accompagnement des familles concernées.
La CVR met en garde contre les faux titres de propriété
Le traitement des dossiers de spoliation de biens survenus entre 1885 et 2008 figure également parmi les priorités de la Commission. Les affaires examinées concernent notamment des terres, des maisons, des véhicules et des comptes bancaires. Leur traitement repose sur des auditions, la vérification des titres de propriété et des descentes sur les lieux.
À ce sujet, M. Ndayicariye a insisté sur la nécessité de fonder les décisions sur des preuves vérifiables, mettant en garde contre les fausses déclarations, les faux documents et les témoignages de complaisance.
« Le moment de décourager les faux témoins est arrivé ! Le moment de dénoncer les faux titres de propriété a sonné ! », a-t-il déclaré, appelant également les personnes concernées à ne pas transmettre à leurs descendants des biens acquis par spoliation.
Les médias appelés à promouvoir la réconciliation
Le président de la CVR a invité les professionnels des médias à diffuser une information juste et équilibrée sur les événements du passé et les travaux de la Commission. Il les a également appelés à faire preuve de prudence dans leurs formulations, notamment lorsqu’ils abordent le rôle de certaines religions et Églises dans les crises, afin d’éviter d’attiser les divisions au sein de la population.
La CVR réaffirme ainsi sa mission d’établir la vérité sur les violations graves des droits humains, de restaurer la dignité des victimes et de contribuer à une réconciliation durable entre les Burundais.
« La vérité est une exigence. La mémoire est un devoir. La réconciliation est une responsabilité partagée », a conclu M. Ndayicariye.
HAVUGIYAREMYE Dieudonné