Parmi les collines verdoyantes de la commune de Gishubi, en province de Gitega, se cache un site où l’histoire, les traditions et les croyances populaires se rencontrent : la Kigabiro de Kigwa. Haut lieu de mémoire du royaume du Burundi, ce site historique continue de fasciner les visiteurs par les récits qui l’entourent et par son immense valeur culturelle.
Dès l’arrivée sur la colline de Mikore, le visiteur est accueilli par un paysage paisible où dominent une végétation luxuriante et un silence qui invite au recueillement. Derrière cette apparente tranquillité se cache un lieu chargé de plusieurs siècles d’histoire.
Selon les traditions orales transmises par les anciens, le roi Mwézi Gisabo aurait séjourné à la Kigabiro de Kigwa en 1903, durant son exil. Il y aurait laissé deux de ses épouses, les reines Inanzobe et Inankoni, ainsi qu’une concubine nommée Barendere. Aujourd’hui encore, ces récits nourrissent la mémoire collective des habitants de Gishubi.
La Kigabiro de Kigwa est également reconnue comme l’un des sites où se perpétuent les traditions liées à l’Umuganuro, la fête nationale des récoltes. Chaque année, cette célébration rappelle les valeurs de solidarité, de reconnaissance envers la terre nourricière et de préservation des traditions qui fondent l’identité culturelle du Burundi.
Au cœur du site se trouve une source connue sous le nom de « Mumugore ». La tradition rapporte que les épouses du roi venaient s’y baigner. Les habitants racontent qu’il est interdit d’y entrer, sous peine de s’exposer à de graves malheurs. Vraie ou symbolique, cette croyance contribue au caractère sacré de la Kigabiro et témoigne de la richesse du patrimoine immatériel burundais.
L’histoire de la Kigabiro est également marquée par la légende du célèbre taureau royal Ntarubibe. Les anciens racontent que cet animal impressionnant parcourait librement les collines sans que personne n’ose l’approcher. Lorsque vint le moment de le conduire à Gitega, il aurait opposé une résistance exceptionnelle avant d’être finalement abattu. Selon la tradition, trois grands oiseaux appelés i Nyamanza s’envolèrent aussitôt dans le ciel, un événement resté gravé dans la mémoire des habitants.
Le site rappelle aussi l’existence des Bamuzirazuba, des femmes qui vivaient dans l’enceinte royale. D’après les récits locaux, elles demeuraient à l’intérieur du domaine sacré et tous leurs besoins étaient assurés sans qu’elles aient à quitter les lieux. Ces traditions illustrent l’organisation particulière des anciennes résidences royales.
Au-delà des récits transmis de génération en génération, la Kigabiro présente également un intérêt scientifique. En 2015, des fouilles ont permis de découvrir une pierre gravée d’une croix, un ancien foyer ainsi que des ossements. Ces découvertes suggèrent une occupation humaine remontant au début du XVIIIᵉ siècle, renforçant l’importance historique du site.
Pour les gardiens de la tradition, notamment Bandyatuyaga Léonidas et Kabavamwo Frédéric, la Kigabiro de Kigwa possède un potentiel touristique considérable. Ils plaident pour sa protection, son aménagement et sa promotion afin d’en faire une destination incontournable du tourisme culturel burundais. Une meilleure valorisation du site permettrait non seulement de préserver un patrimoine exceptionnel, mais aussi de créer des emplois, d’attirer davantage de visiteurs et de stimuler l’économie locale.
Aujourd’hui, la Kigabiro de Kigwa demeure un symbole vivant de l’histoire du Burundi. Entre patrimoine, spiritualité, archéologie et traditions, ce site offre une expérience unique à tous ceux qui souhaitent découvrir les racines du royaume burundais.
Visiter la Kigabiro de Kigwa, c’est entreprendre un voyage au cœur de la mémoire du Burundi, où chaque pierre, chaque arbre et chaque récit racontent une page de l’histoire nationale.
Reportage de Havugiyaremye Dieudonné