Derrière les conflits liés aux terres et aux biens spoliés, il y a souvent des familles séparées, des départs en exil et des souffrances qui se transmettent au fil des générations. Pour aider les victimes à retrouver leurs droits, la Commission vérité et réconciliation (CVR) compte sur les notables collinaires, Abahuza, pour encourager la restitution volontaire des biens et favoriser le règlement pacifique des litiges.
Réunis ce lundi 19 octobre 2026 à Gitega, deux représentants des notables collinaires par commune, venus de différentes communes du pays, ont été appelés à sensibiliser leurs communautés et à transmettre à la CVR les dossiers liés aux violences du passé qui relèvent de son mandat.

Le vice-président de la Commission, Mgr Kimararungu, et la secrétaire générale, Pascasie Léa Nzigamabasabo, ont souligné l’importance de leur rôle auprès de la population. Grâce à leur proximité avec les familles, les notables peuvent contribuer à apaiser les tensions, à rapprocher les personnes en conflit et à rechercher des solutions acceptées par les parties concernées.

Les litiges concernent notamment les biens abandonnés par des personnes contraintes à l’exil, les propriétés de l’État accaparées illégalement et les patrimoines familiaux spoliés en l’absence de certains membres. La CVR encourage les détenteurs de ces biens à les restituer volontairement et les parties à formaliser les accords conclus.
Des dossiers à orienter avec discernement
Pascasie Léa Nzigamabasabo a invité les notables à examiner attentivement les différends qui leur sont soumis afin de distinguer ceux qui relèvent de la CVR de ceux qui doivent être portés devant d’autres instances.

Elle les a également exhortés à lutter contre l’utilisation de faux documents et de fausses identités, tout en encourageant les citoyens à dire la vérité et à partager les informations utiles. Les personnes qui acquièrent des biens en sachant qu’ils ont été spoliés sont, elles aussi, appelées à y renoncer.
Les victimes attendent des réponses concrètes
Au cours des échanges, les participants ont exprimé des préoccupations qui vont au-delà de la restitution des biens. Ils se sont notamment interrogés sur les conditions d’inhumation digne des victimes et sur les possibilités d’indemnisation des familles éprouvées par les crises successives qu’a connues le Burundi.

Mgr Kimararungu a reconnu que, malgré les progrès réalisés, le travail de la Commission reste considérable et que les enquêtes doivent se poursuivre. Il a rappelé que la vérité sur le passé, la reconnaissance des souffrances et le rétablissement des droits bafoués sont essentiels à une réconciliation durable.

La présentation d’images retraçant les crises vécues au Burundi, de la période coloniale aux événements de 1972, a profondément touché l’assistance. Certains notables, eux-mêmes marqués par les drames du passé, n’ont pu retenir leurs larmes. Ces moments d’émotion ont rappelé que, derrière les dossiers examinés, se trouvent des vies bouleversées, des souvenirs douloureux et des familles qui attendent toujours des réponses.
Face aux préoccupations exprimées, la CVR a annoncé la construction prochaine, à la Ruvubu, dans la province de Gitega, d’un site destiné à conserver les vestiges et les restes humains exhumés. Cette initiative vise à préserver les traces matérielles des crises passées et à honorer la mémoire des victimes.
Auparavant confiée notamment à la Commission nationale des terres et autres biens (CNTB) et à la Commission spéciale des terres et autres biens (CSTB), la gestion de certains conflits fonciers et patrimoniaux liés au passé relève désormais de la CVR, dans les limites de son mandat.
En s’appuyant sur les notables collinaires, la Commission entend se rapprocher des communautés, faciliter le règlement pacifique des litiges et encourager la restitution des biens aux personnes lésées.

Pour les victimes et leurs familles, l’enjeu est aussi de retrouver leurs droits, de voir leurs souffrances reconnues et de pouvoir avancer sans que leur histoire soit oubliée.
HAVUGIYAREMYE Dieudonné