À Gitega, des déchets qui encombrent les ménages et les espaces urbains trouvent une seconde vie dans les champs. À travers Agronova, de jeunes entrepreneurs collectent et transforment des matières organiques en engrais destiné aux agriculteurs. Une initiative qui cherche à répondre à deux défis à la fois : la gestion des déchets et l’amélioration de la fertilité des sols.
Dirigée par Ndayavurwa Nepomscene, l’entreprise ambitionne de développer une production locale d’engrais organiques accessibles aux agriculteurs et adaptés aux besoins des sols et des cultures.

Du problème d’assainissement à la ressource agricole
Dans une ville en pleine évolution, la gestion des déchets constitue un enjeu important. Une partie des matières organiques produites par les ménages peut pourtant être valorisée au lieu d’être simplement évacuée.
C’est sur cette possibilité que repose l’activité d’Agronova. Les déchets organiques collectés sont triés, traités puis transformés afin d’obtenir un fertilisant destiné à l’agriculture.
« Nous voulons que les déchets puissent avoir une valeur pour l’agriculteur », explique Ndayavurwa Nepomscene.
L’entreprise a déjà procédé à des essais auprès de certains producteurs. Ces expérimentations permettent de recueillir leurs observations et d’améliorer progressivement le produit.
Cette démarche reste toutefois en phase de développement. Agronova produit principalement sur commande, en fonction des besoins exprimés par les agriculteurs et des matières premières disponibles.
Une capacité qui limite encore les ambitions
L’entreprise peut actuellement atteindre une production d’environ une tonne d’engrais par jour, lorsque les conditions nécessaires sont réunies.

Cette capacité reste cependant insuffisante pour répondre à une demande plus importante. L’enjeu est désormais de passer d’une production encore limitée à une activité capable de toucher davantage d’agriculteurs.
Pour y parvenir, Agronova envisage de renforcer ses équipements et d’agrandir son unité de production. L’entreprise recherche notamment l’accompagnement de partenaires financiers pour soutenir cet investissement.
Derrière cette difficulté se trouve une question plus large : celle de la capacité des jeunes entreprises locales à transformer une innovation environnementale en activité économique durable.
Une activité aux effets économiques et environnementaux
La valorisation des déchets organiques pourrait avoir plusieurs retombées. Sur le plan environnemental, elle offre une possibilité de réduire la quantité de matières organiques abandonnées ou mal gérées dans certains espaces.
Sur le plan économique, le développement d’une telle filière peut créer des activités autour de la collecte, du traitement, de la transformation et de la commercialisation des fertilisants.
Mais ces perspectives restent liées à la capacité de l’entreprise à assurer une production régulière, à maintenir la qualité de ses produits et à gagner durablement la confiance des agriculteurs.
Vers des solutions biologiques pour protéger les cultures
Agronova souhaite également élargir son activité à la production de produits phytosanitaires biologiques destinés à la protection des cultures.
Cette orientation vise à proposer aux producteurs des solutions alternatives pour la gestion de leurs cultures. Leur développement devra néanmoins s’accompagner du respect des normes et des exigences applicables à ce type de produits.L’ambition est ainsi de construire progressivement une offre locale allant de la fertilisation à la protection des cultures.
Un modèle encore à consolider
L’expérience d’Agronova reste à une étape de développement. Ses capacités de production, son équipement et son accès aux financements constituent encore des défis à relever.
Mais son initiative met en lumière une possibilité : transformer un problème d’assainissement en ressource agricole et en activité économique locale.
À Gitega, les déchets ne sont donc plus seulement considérés comme des matières à éliminer. À travers leur valorisation, ils deviennent une ressource dont la valeur dépend désormais de la capacité des acteurs locaux à organiser une véritable chaîne allant de la collecte jusqu’aux champs.
HAVUGIYAREMYE Dieudonné