À Gitega, Nitunga Aline fait du transport un symbole de l’autonomisation des femmes

Enseignante et mère de trois enfants, Nitunga Aline, 48 ans, exerce parallèlement le transport de personnes à moto, un secteur encore largement masculin. À travers cette activité, elle renforce son autonomie économique tout en contestant les stéréotypes qui limitent encore l’accès des femmes à certains métiers. Son parcours illustre un leadership féminin fondé sur l’initiative, le travail et la capacité à créer ses propres opportunités.

À 48 ans, Nitunga Aline refuse de laisser les normes sociales définir les limites de son activité professionnelle. Enseignante dans une école primaire et mère de trois enfants, elle exerce également le transport de personnes à moto. Un choix peu ordinaire pour une femme à Gitega, mais qu’elle assume comme une source d’autonomie économique et un moyen de démontrer que les femmes peuvent réussir dans des secteurs traditionnellement considérés comme masculins.

« Je l’ai observé et je me suis dit que les femmes sont capables. Elles ne devraient pas toujours attendre ce que leur mari apporte à la maison. Nous aussi, nous avons des mains », affirme-t-elle.

Son parcours offre ainsi une autre lecture du leadership féminin. Celui-ci ne se construit pas uniquement dans les institutions ou les fonctions de responsabilité. Il peut également prendre forme dans l’entrepreneuriat, l’exercice d’un métier, la prise d’initiative et la capacité d’une femme à contribuer directement aux revenus de son ménage.

Le transport pour renforcer son autonomie économique

Pour Nitunga Aline, le transport constitue une activité complémentaire à son métier d’enseignante. Les revenus qu’elle en tire lui permettent de participer davantage aux dépenses du ménage et de diversifier ses sources de revenus.

L’agriculture et l’élevage complètent également ses activités économiques. Cette diversification traduit une stratégie visant à renforcer progressivement son indépendance financière et à mieux faire face aux besoins de sa famille.

« Les femmes doivent travailler et chercher ce qui peut les aider à améliorer leur vie. Nous avons les mêmes capacités que les hommes », soutient-elle.

À travers cette démarche, l’autonomie économique devient pour elle un instrument d’affirmation et de participation. Disposer de revenus et développer des compétences professionnelles peuvent en effet renforcer la capacité des femmes à prendre part aux décisions au sein du ménage et à s’impliquer davantage dans la vie de leur communauté.

Une pionnière dans un secteur dominé par les hommes

Le choix de Nitunga Aline n’a cependant pas été sans difficultés. Son entrée dans le secteur du transport l’a confrontée à des préjugés et à des réactions liées aux normes sociales qui associent encore certains métiers aux hommes.

« Au début, c’était difficile. Certaines femmes disaient que j’allais trop loin par rapport à mon mari. Certains hommes pensaient que j’avais abandonné mon éducation et que je voulais commander mon mari. Aujourd’hui, les gens commencent à s’y habituer et à comprendre », témoigne-t-elle.

Face à ces réactions, elle a choisi de persévérer. Avec le temps, sa présence dans le secteur semble contribuer à banaliser progressivement l’idée qu’une femme puisse exercer ce métier.

Selon elle, seules deux femmes exerceraient actuellement cette activité dans la ville de Gitega. Elle estime néanmoins que leur nombre pourrait augmenter si les femmes bénéficiaient de davantage d’encouragement et si les préjugés professionnels continuaient à reculer.

Son expérience montre ainsi que la représentation compte : lorsqu’une femme investit un espace professionnel traditionnellement masculin, elle peut contribuer à ouvrir la voie à d’autres.

« Aucun métier ne devrait être réservé aux hommes »

Forte de son expérience, Nitunga Aline encourage les femmes à développer leurs compétences et à investir dans des activités susceptibles d’améliorer leurs conditions de vie.

« Les femmes sont capables. Aucun métier ne devrait être considéré comme exclusivement réservé aux hommes. Si les femmes décident de s’y engager, elles peuvent réussir », affirme-t-elle.

Pour elle, l’autonomisation passe d’abord par la confiance en soi, l’apprentissage et la volonté d’entreprendre. Le leadership féminin se construit alors à travers des décisions concrètes : apprendre un métier, créer une activité, générer des revenus et participer aux décisions qui concernent sa famille et sa communauté.

Cette vision rejoint les initiatives engagées au Burundi pour renforcer l’autonomisation et la participation des femmes, notamment dans le cadre du projet « Twirinde Ikumirana », soutenu par l’Union européenne à travers ONU Femmes. Le projet, mis en œuvre par le CAFOB, le Forum des Femmes du Burundi et l’UCBUM, vise notamment à renforcer les capacités et la participation des femmes dans la lutte contre les violences basées sur le genre.

Une ambition qui dépasse la moto

Pour Nitunga Aline, l’avenir ne s’arrête pas au transport à moto. Elle nourrit l’ambition de conduire un jour de grands véhicules.Ce rêve traduit une volonté plus profonde : repousser les limites professionnelles traditionnellement imposées aux femmes et continuer à élargir son champ d’action.

Son parcours montre que le leadership féminin peut se construire dans des espaces parfois inattendus. Il peut naître d’une décision individuelle, se consolider par le travail et s’affirmer par la persévérance.

À Gitega, Nitunga Aline fait ainsi de son activité de transport bien plus qu’un moyen de gagner un revenu. Elle en fait un espace d’émancipation, un défi aux stéréotypes et un exemple de leadership féminin construit par l’action.

HAVUGIYAREMYE Dieudonné

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