La Commission vérité et réconciliation (CVR) appelle les Burundais à rejeter toutes les formes de discrimination et à promouvoir la tolérance, l’égalité des chances et la coexistence pacifique. Cet appel a été lancé ce vendredi 16 octobre 2026, à Gitega, à l’ouverture d’un atelier de deux jours consacré aux pratiques discriminatoires qui ont marqué l’histoire du Burundi, de la période coloniale à 2008.
Le président de la CVR, Pierre Claver Ndayicariye, a souligné que ces pratiques ont profondément marqué la société burundaise. Il a insisté sur la nécessité d’en comprendre les origines, les manifestations et les conséquences afin de mieux éclairer les causes des crises passées et d’éviter qu’elles ne se reproduisent.

Selon lui, certaines discriminations trouvent leurs racines dans la période coloniale, notamment à travers des théories raciales qui ont influencé les politiques publiques, particulièrement dans le domaine de l’éducation. Elles se seraient ensuite étendues à d’autres secteurs, dont la magistrature, l’administration publique et les forces de défense et de sécurité, fragilisant ainsi la cohésion nationale.
L’ambassadrice Stella Budiriganya, membre de la CVR et l’une des personnes ayant présenté les résultats des études menées par la Commission sur les discriminations régionales et scolaires, a expliqué comment certaines personnes pouvaient être privées d’accès à l’éducation ou à l’emploi en raison de leur origine ou de leur identité, tandis que d’autres étaient contraintes d’étudier sous de fausses identités. Selon elle, priver une personne d’instruction revient à la priver de son avenir et à l’empêcher de devenir un acteur capable d’apporter une contribution remarquable à sa famille et à son pays.

Les travaux portent notamment sur les mécanismes d’exclusion dans le système éducatif, tels que le fichage ethnique, l’orientation scolaire et la manipulation de la carte scolaire. Les participants examinent également les pratiques de recrutement dans l’armée, la gendarmerie et l’administration publique, ainsi que les conséquences des crises de 1972 et de 1993 et de la guerre civile jusqu’en 2008.
Les victimes réclament vérité et réparation
Les témoignages des victimes des crises de 1972 et de 1993 ont constitué un moment important des échanges. Les intervenants ont raconté les souffrances endurées et réclamé la vérité sur les événements vécus, la reconnaissance des préjudices subis ainsi que des réparations. Ils ont également demandé à la CVR de poursuivre ses investigations sur les autres périodes de crise et d’approfondir la question de l’indemnisation.

Ces témoignages rappellent que derrière les événements historiques se trouvent des personnes et des familles qui portent encore les conséquences des violences passées. En confrontant ces récits aux analyses des participants, la Commission entend mieux cerner les mécanismes de discrimination et leurs répercussions sur la population. La reconnaissance des expériences vécues est ainsi considérée comme une étape importante pour apaiser les blessures du passé.
La jeunesse au cœur de la prévention des violences
Le président et le vice-président de la CVR ont insisté sur le rôle des jeunes dans la prévention de nouvelles violences. Ils les ont encouragés à promouvoir la tolérance et le vivre-ensemble, tout en invitant la population à faire confiance à la Commission, dont les enquêtes nécessitent du temps et un travail approfondi.

Pierre Claver Ndayicariye a rappelé que la connaissance du passé est indispensable à la construction d’une société fondée sur la justice et l’égalité des chances. Les recommandations issues de l’atelier pourraient contribuer aux enquêtes de la CVR et alimenter des propositions relatives aux réparations et aux réformes institutionnelles.
À l’issue des échanges, la CVR a exhorté les Burundais à tirer les leçons de l’histoire, à rejeter les pratiques discriminatoires et à privilégier le dialogue. Ces efforts visent à renforcer la cohésion nationale et à bâtir une société plus inclusive, où chacun peut accéder aux mêmes chances et contribuer à une paix durable.
HAVUGIYAREMYE Dieudonné